Il a tiré sa révérence

L'idée trottait dans sa tête depuis déjà......longtemps.

L'âge et surtout l'augmentation du travail et de ses cadences aidant, le vent qui vient d'Espagne - olé - s'entendait de plus en plus bruyamment. Certes le ballon connaissait toujours de ces rebonds capricieux qui vous attachent si fort à lui mais le souffle se faisait maintenant court, les jambes lourdes et les samedis le plus souvent raison de labeur plutôt que de loisirs.

Alors, il prit sa décision ; Catalan de naissance il était, Catalan de vie redeviendrait.

Il allait reprendre l'exploitation familiale. comme son père il se pencherait jour et nuit, nuit et jour, sur les ceps noueux qui préfiguraient les grands vins. Mais avant cela, avant tout cela, il allait dire au revoir au terrain, il allait saluer le ballon, il allait festoyer avec ses compagnons.

Après vingt ans de plaies et de bosses, de rires et de pleurs, de chants et de silences, ils se retrouvèrent autour de la troisième mi-temps; Alain, André, Christian, Daniel, Jacques, Pascal, Pierre, Roger; ils se retrouvèrent autour de Patrick. Et les matchs égarés, les ballons oubliés ou les essais magnifiés revinrent danser sur les verres trinqués.

Car tout fût comme avant, tout fût comme toujours.

Bien que leur dernière apparition sous le maillot de leur cœur fût quelque peu ancienne, les noces de la troisième mi-temps rejaillirent, ineffable antienne effarouchant les passants. Dans l'antre accueillant du Ho ! 18, les rires fusèrent, les chants s'envolèrent, les fourchettes gesticulèrent, les verres tintèrent et les panses gonflèrent.

Et quand, dans la nuit avancée vînt le moment de se séparer, nulle larme ne perça pour sceller le destin ; chacun s'en retourna chez son propre vestiaire, conservant au fond des yeux les chants de trop d'adieu.

Salut capitaine, salut trésorier, salut Patrick Sarda et le bonjour au centre du monde, le bonjour à Didier, nos salutations à Roger et au Canigou.

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